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Sur internet il devient légion de ne pas consulter la veracité des informations fournies. Je prends ce fait divers pour mettre en exergue l'amplitude que peut prendre une information biaisée et non vérifiée.
Actuellement sur la 5° avenue à New York (Manhattan), Apple a érigé un cube en verre (voir photo). Le MEMRI s'est empressé de poster une note concernant un "site islamique" (lequel ?) qui trouve que ce cube porte atteinte à l'islam et aux musulmans puisque sa forme ressemble étrangement à la Kaaba. Cet article est ensuite repris sur Digg (agregateur de nouvelles très populaire dans son genre), sans même vérifier les sources, les foules s'embrasent. Les commentaires qui accompagnent l'article de ZDNET sont assez explicites.
Ce bête fait divers reflète quelque part les tensions grandissantes entre différentes communautées. A force de diaboliser l'autre à tour de passe-passe, les peuples, les foules deviennent facilement irritables. On ne discerne plus le vrai du faux, c'est un jugement par défaut qu'on applique puisqu'en réalité ce cube n'a aucunement offensé la communautée musulmane. Pour bon nombre d'entre eux déjà le lien n'était pas forcement évident, maintenant qu'on en parle oui il y a des similitudes entre ce cube et la Kaaba. Mais oui et ?
Est-ce que vous avez également l'impression qu'au point où on en est, un rien peut amener une situation qui risquerait de vite devenir incontrôlable ?
C'est toujours épatant de voir le pouvoir des médias à l'oeuvre, et la façon dont la récupération médiatique s'effectue d'un horizon à un autre. Si vous avez douté de la veracité de l'effet papillon, vous avez ici son illustration réelle avec les propos récents de Benoit XVI à l'encontre de l'islam et de sa violence.
La propagation d'une nouvelle se fait souvent de façon distordue puisque chacun y rajoute sa petite touche. C'est ainsi qu'un banal évènement, une maladresse, devient au final un conflit. Plus les faits abordés sont flous ou ambigus, plus il est facile de leur donner le sens souhaité et plus ce fait est propice à la désinformation. L'information distordue repose principalement sur le flou généré par la source citée. L'ambiguité de cette source repose souvent sur une dualité: il faut aussi marqué un respect et une compréhension du thème abordée. C'est souvent le refuge qui crédibilisera l'impartialité de la source.
Ici il ne s'agit plus de savoir si le pape a raison ou pas dans ces propos, à la limite on pourrait même relèguer à l'arrière plan ce fait et se concentrer plus sur la propagation de l'onde de choc dans un sens comme dans l'autre et le pouvoir que l'on peut avoir sur les masses.
Cela commence très tôt en fait, déjà enfant il était fréquent que l'on entretienne des légendes urbaines sur certaines personnes. J'y pense parce que je me rappelle, quand j'étais gamin il y avait un garçon assez intelligent dans notre classe (par intelligent je veux dire qu'un 16/20 était considéré comme un échec). Par jalousie, un groupe de personnes ont décidé que ce garçon était intelligent parce qu'il récitait des paroles avant d'entrer dans la classe. Nous étions des gamins de 8 - 9 ans. Et c'est vrai que quelque fois je l'ai remarqué se parler à basse voix. Je n'ai pas cherché à aller plus loin, pour moi je venais d'avoir la preuve avec laquelle je pouvais enfin justifier ma médiocrité: les forces occultes ne sont pas avec moi.
Ce qu'il y a d'amusant dans cette histoire, c'est qu'une fois sur le trajet pour aller à l'école, j'ai partagé un bon bout de chemin avec ce garçon, j'étais impressionné par l'inexactidue de l'idée que je me faisais du personnage. En fait il ne faisait que réciter le squelette des grandes lignes des leçons antérieurs que nous avons eu, histoire de pouvoir les repliquer dès que le sujet est lancé et cela lui servait de repères. Aujourd'hui ce bonhomme est devenu un expert comptable, il ne récite plus ses leçons puisqu'il a le droit de faire son travail avec ses cahiers ouverts. Nous gardons de bonnes relations.
Au final qu'est-ce qui était vrai, qu'est-ce qui était faux ? comment est-ce que j'aurais pu le savoir. Suivre le sentiment de la foule ? Suivre l'avis que je me suis fait en cotoyant la personne ?
Quelques morales de cette histoire:
- Manipuler les foules c'est très simple, suffit de trouver un thème fédérateur, de préférence un malaise latent
- Les apparences sont souvent trompeuses et la bonne intention d'informer est louable mais suspecte à la fois
- L'information revet plusieurs facettes: comment on la comprend, mais aussi comment on s'en sert
Au final, un point pour le Pape, qui commet une maladresse dans un climat relativement tendu. Mais quelque part, les vives réactions des populasses du camp opposé ne feront que conforter son discours.
Je terminerais en disant qu'en dépit tout on continue à s'amuser à diaboliser l'autre, vice-versa. Pendant ce temps l'histoire se répête: les agents vecteurs sont confortablement assis au haut du balcon du théâtre de l'histoire et le spectacle est toujours le même depuis l'aube des temps.